Dossier Tissu : Le dernier des mohicans du tissu kelsch

© Photo R.A.N.
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Michel Gander, 7ème génération d’une lignée de tisserands, continue de souffler sur les braises d’un métier tenu à bout de bras.

Ils étaient une centaine, au 17ème siècle, à Muttersholtz et alentours, à pratiquer le tissage du kelsch. Le ried, zone humide dominée par la forêt, terrain de jeu idéal de nombre de tisserands artisanaux, offrait ses étangs pour nettoyer la fibre végétale qu’est le lin. Ce matériau, connu depuis l’Antiquité, servait à fabriquer de la literie, des housses de plumons et des taies d’oreillers ainsi que des rideaux d’alcôve. A l’origine, le fil employé était de couleur crème, le fil blanc caractérisant par ailleurs la gamme des tissus dits « écossais ».

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Autre matériau ancestral, le chanvre fournissait la base d’étoffes à carreaux aux irrégularités qui en faisaient tout le charme. Vers le milieu du 19ème siècle, c’est le coton qui entre dans la danse pour donner les « métis » avec des associations coton (pour la chaîne) et lin (pour la trame). Entre-temps, les industriels de Sainte-Marie-aux-Mines, attirés par un marché prometteur, organisent la collecte des toiles fabriquées dans des villages comme Sélestat, Baldenheim, Mussig, Boesenbiesen, Heidolsheim ou Muttersholtz. Jusqu’à ce que la belle aventure finisse dans l’oubli des greniers avec un déclin de l’activité artisanale entre 1890 et 1970.

L’engouement, cependant, n’est pas mort pour un tissu fort prisé de nos jours pour sa touche « root » et sa douceur très « heimlich » (traduire « comme à la maison »), ambiance cosy garantie, casual et perso décontracté, spécial cocooning teinté de nostalgie.

Le tissu kelsch, idéal pour le point de croix, devient ainsi l’une des coqueluches de la déco intérieure avec à la clé de nouvelles métamorphoses pour donner des nappes, cœurs, torchons et autres sets de table au charme fou. Pour peu qu’on ne se trompe pas de marchandise car tout carreau n’est pas kelsch et qu’il ne faut pas, comme chacun sait, « mélanger les torchons… ».

 

Point de vente situé à 25 km au nord de Colmar.
Un atelier de confection, sur place, prend des commandes de nappes, serviettes, coussins, chemins de table ou rideaux sur mesure.


Lien Internet

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Tél. : 03 88 57 75 84

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MICHEL GANDER, fidèle à la barre, pour perpétuer la tradition.

Avant d’être résolument tendance, le kelsch fut familier et domestique. On rattache l’étymologie du nom à « kölnisch » qui renvoie à un certain « bleu de Cologne ». Autrement dit ce chanvre que Charlemagne ordonna de planter, tout comme le lin, dans la cité rhénane de Köln. L’autre étymologie admise serait à rapprocher du vocable « celte » qui qualifie le mode de culture du lin et le tissage d’étoffes à carreaux pratiqué dans le Ried alsacien.

Focus

Simple tissu en fils de lin comportant des dessins géométriques bleu et rouge, le kelsch était produit à domicile par les paysans durant l’hiver, chaque métier à tisser figurant en bonne place dans les fermes du Ried, en particulier au nord ou à proximité de Sélestat. Ce savoir-faire impliquait l’usage de matières colorantes naturelles valorisant la toile de lin telles que l’indigo pour le bleu et la garance pour le rouge. Quant aux dessins formés par les carreaux, leurs particularités signaient les régions ou les croyances des familles et des tisserands.